Exposition / L’art et la pensée : Univers anthropologique et pictural de Gilbert Durand


Exposition Gilbert Durand

Exposition

 

 Durand - Sapins enneigés, huile sur carton bois, 51x68 cm.

Durand - Sapins enneigés, huile sur carton bois, 51x68 cm.

Philosophe, anthropologue et fondateur du premier Centre de Recherche sur l’Imaginaire (CRI) de renommée mondiale, Gilbert Durand (1921-2012) a aimé la peinture dès son jeune âge – en témoignent les dizaines de dessins, exécutés au crayon, de sa prime jeunesse – et n’a pas arrêté de peindre toute sa vie durant et jusqu’aux derniers jours de ses quatre-vingt-onze ans... C’était son violon d’Ingres préféré, sans oublier la chasse et la pêche!

 Auteur d’une quinzaine d’ouvrages, dont le fameux livre fondateur: Les Structures anthropologiques de l’Imaginaire (PUF, 1960), et de plus de 380 publications (article, conférence, préface, compte-rendu...) portant sur des sujets fort variés et divers, aussi bien philosophique, sociologique, religieux, spirituel, littéraire, poétique qu’esthétique, artistique et pictural... le savant chambérien, Ancien Membre de la Commission Nationale des Musées de France, a réalisé, à ses heures « perdues » et à cœur joie! des centaines de peintures à l’huile, des dizaines d’aquarelles, et des centaines de dessins ou croquis en couleur ou à l’encre noir ou bleu, et même quelques gravures sur bois!

 Dans cette première exposition consacrée à l’œuvre picturale de Gilbert Durand, nous nous contentons de présenter en particulier une vingtaine de tableaux, en notre possession, parmi les derniers paysages peints par l’Ermite du Manoir de la Montagne Sereine, le fameux Château de Novéry à Moye en Haute-Savoie, le dernier refuge sur terre du Professeur honoraire de l’Université de Grenoble II, entre 1992 et 2012, étant donné que la plupart de ses peintures ou dessins réalisés antérieurement se sont dispersées un peu partout parmi ses proches et ses amis. Nous voulons également mettre en œuvre côte à côte sa peinture et sa pensée, en accompagnant chaque tableau d’un extrait de ses propres ouvrages, qui fait écho à sa propre peinture, car pour le maître de l’imaginaire, l’image est aussi parlante que le langage; le langage se doit de montrer l’image s’il veut rendre vivant son discours et se faire mieux comprendre, et les deux formes d’expression, les deux esthétiques et leurs interférences sont aussi primordiales qu’indispensables. Et on sait que, de son vivant, le chantre de l’imaginaire maniait avec brio les deux outils de la connaissance et de la compréhension, qui sont en effet pour lui à la fois indissociables et complémentaires tout comme le Shan-shui chinois, qu’il connaissait si bien.

 Nous avons donc choisi vingt tableaux, tous huiles sur carton bois – son support préféré – de format différent, vingt « miroirs de Zuxis »? de Pygmalion? de Narcisse? qu’il étudie dans son ouvrage sur la religion de l’art, ou vingt « rêveries colories de l’âme », chères à son maître Bachelard. Ce sont avant tout des paysages qui mettent en scène le lac, la rivière, la montagne, l’arbre, le village ou la maison... avec ou sans personnage, qui lui étaient familiers et qui, inspirés de ses souvenirs d’enfance ou de jeunesse, et nourris de ses réflexions philosophiques sur des peintres classiques ou contemporains -Beaux-arts et archétypes comme l’intitule l’un de ses ouvrages sur la religion de l’art- lui parlaient ou le « regardaient », et qui comptaient parmi les motifs préférés du « peintre refoulé » que fut le disciple de Bachelard et le co-fondateur du CRI. Nous avons choisi également deux tableaux plus « exotiques »: l’un, « Le palais intérieur », a été inspiré par la peinture de son regretté ami peintre portugais Lima de Freitas; l’autre, « La Fuite en Egypte », évoque un thème biblique et pictural cher à l’inventeur de la mythocritique et de la mythanalyse, qui lui consacra plusieurs articles et conférences.

 Voici les vingt tableaux que nous nous proposons de présenter dans cette modeste exposition: 

  1. Le lac (Huile sur carton bois, 117x81 cm )
  2. Sapins enneigés (Huile sur carton bois, 51x68 cm)
  3. La Symphonie fantastique-Souvenir d’enfance à la Côte-Saint-André (Huile sur carton bois, 81x94 cm)
  4. Le petit chemin-Souvenir de jeunesse à Chambéry (Huile sur carton bois, 74x92 cm)
  5. Miroir d’eau (Huile sur carton bois, 94x76 cm)
  6. Le petit ruisseau (Huile sur carton bois, 92x73 cm)
  7. Montagnes empourprées (Huile sur carton bois, (120x80 cm)
  8. Vue du Château de Novéry (Huile sur carton bois, 120x80 cm)
  9. La petite cabane (Huile sur carton bois, 92x76 cm)
  10. Le retour du printemps (Huile sur carton bois, 92x76 cm)
  11. Le petit hameau (Huile sur carton bois, 116x80 cm)
  12. Couleurs d’automne (Huile sur carton bois, 74x91 cm)
  13. Au pied des monts et des arbres (Huile sur carton bois, 75x93 cm)
  14. Neiges du printemps (Huile sur carton bois, 76x94 cm)
  15. Ombre et lumière (Huile sur carton bois, 75x92 cm)
  16. Reflets irisés (Huile sur carton bois, 70x92 cm)
  17. Lumières d’été (Huile sur carton bois, 76x89 cm)
  18. Temple et contemplation (Huile sur carton bois, 81x81 cm)
  19. Le palais intérieur (Huile sur carton, 81x118 cm)
  20. La Fuite en Égypte (Huile sur carton bois, 118x81 cm) 

Gilbert Durand signait rarement ses tableaux, qui ne sont pas non plus datés, car il revenait sans arrêt les retoucher, même quelques mois ou quelques années plus tard! Seulement quelques dessins ou tableaux portent l’un de ses pseudonymes Marcelin Farge (qui est le nom de jeune fille de sa mère), et ses tableaux ne portent pas non plus ni titre ni inscription, comme chez la plupart des peintres occidentaux. Pour faciliter la préparation et la présentation, nous avons donc essayé d’ajouter des titres, en nous souvenant des circonstances de la conception ou de la réalisation de l’ouvre, qui évoquent soit l’image elle-même que révèle ou représente le tableau, soit le thème que recèle ou exalte l’image, d’une manière plus ou moins explicite. 

Comme Confucius disait : « Celui qui sait une chose ne vaut pas celui qui l’aime. Celui qui aime une chose ne vaut pas celui qui en fait sa joie. » Gilbert Durand a fait de la peinture sa joie plénière, constante et perpétuelle. Il peignait pour le pur et simple plaisir, car il aimait la peinture et l’art décoratif, qui étaient des sources intarissables de sa joie et de son bonheur, tout comme la chasse et la pêche.

Hauts en couleur, lumineux et répandant un souffle épique ou un élan romantique, une force vivifiante, une énergie positive, les tableaux de Gilbert Durand sont aussi puissants, intenses, profonds et éclatants que ses écrits et ouvrages. Ils font penser quelque fois à la peinture de Van Gogh, de Monet, de Manet, de Cézanne, de Picasso, de Matisse, de G. Mathieu ou de Zao Wou-Ki... puisque le fondement de l’œuvre d’art n’est autre qu’une certaine quête de l’altérité, un « message vers l’autre », comme disait A. Malraux: les artistes ne peignent pas d’après la Nature mais « d’après la peinture »! Gilbert Durand aimait dire, en se référant à un grand poète allemand, « Ce qui demeure, les poètes le fondent. » les peintres le fondent aussi, pourrions-nous ajouter avec lui.

Pour terminer notre présentation, nous ne pouvons pas nous empêcher de citer ce beau passage de Gilbert Durand, une sorte de manifeste de la religion de l’art, qui clôture l’Introduction du Beaux- arts et archétypes:   « Générosité, pieuse humilité, fraternité, enfin fidélité à l’appel du « Tout autre », ce sont bien là les quatre vertus qui consacrent l’artiste à être le messager et le lévite de l’altérité. Le génie créateur de l’artiste ouvert généreusement au public, ouvert à la tradition des maîtres et de la culture, ouvert fraternellement aux cultures étrangères, fussent-elles ou eussent-elles été en ce bas-monde ennemies, enfin fidélité à la vision qui transcende formes données et matériaux, constitue bien l’honneur de l’homme, le sceau royal du sapiens qui le sacre et le prédestine à « changer le monde » selon l’appel du “meilleur”... »

Chaoying Durand-Sun

       

*    *    *

Annexes

  

Index pictural de Gilbert Durand 

  1. Six dessins au trait en marginalier pour « Préface. Contrepoints » in Chambéry Savoie, La Fontaine de Siloé, Les Marches, 1991, p. 16-32.
  2. « Robe chinoise réinventée », croquis à l’encre de Chine, illustration pour Sun Chaoying, Neuf chants du dragon. Essais sur l’imaginaire chinois, Editions You-Feng, Paris, 2004, p. 111.
  3. « Le grand bleu », peinture à l’huile, Couverture pour Libres horizons. Pour une approche comparatiste. Lettres francophones. Imaginaires, Hommages à Arlette et Roger Chemain, textes réunis par Micéala Syminton & Béatrice Bonhomme, L’Harmattan, Paris, 2008.
  4. « La forêt qui nous regarde », peinture à l’huile, illustration pour Libres horizons. Pour une approche comparatiste. Lettres francophones. Imaginaires, Hommages à Arlette et Roger Chemain, textes réunis par Micéala Syminton & Béatrice Bonhomme, Ibid, p. 275.
  5. « Aurore », peinture à l’huile, Couverture pour « Littérature-monde » Francophone en mutation. Ecritures en dissidence, textes réunis par Arlette Chemain-Degrange, Valérie Cambon & Marc Gastaldi, L’Harmattan, Paris, 2009.
  6. « Hommage à Lima de Freitas: le buisson ardent » (sous son nom de peintre: Marcellin Farge), peinture à l’huile, illustration pour Sigila. La nuit – a noite, N° 23, printemps-été 2009, GRIS-FRANCE, Paris, 2009, p.15.
  7. « Iris », croquis au stylo bleu, illustration pour IRIS Hommage à Gilbert Durand, N° 34, Ellug, Grenoble, 2013, p. 11.

 

Ouvrages sur l’art de Gilbert Durand 

  1. « L’Art moderne en Savoie  », in Mémorial de Savoie, Chambéry, 1960.
  2.  « Sanctuaires de l’art et société scientiste  », in Synthèses, n° l94, Bruxelles, Juillet 1962.
  3. « La création artistique comme configuration dynamique des structures  », in Eranos Jahrbuch, XXXV, Zurich, Rhein Verlag, 1966.
  4. « Joseph Communal       le peintre de la Savoie  », in Catalogue de 1‘exposition rétrospective J. Communal, Musée des Beaux-Arts de Chambéry.
  5. « Un message de création positive:      à propos de l’œuvre  de G. Mathieu  », in Les Nouvelles littéraires, 30/7/1973.
  6. « Les figurations saturniennes de l’Univers: Dürer, Bosch, Goya  », in Sous le pavé, la plage, n°2, Paris, B. Fricker, 1973.
  7. Figures mythiques et visages de l’oeuvre De la mythocritique à la mythanalyse, ch. IV « Visages de l’œuvre, peinture et configuration des structures », Berg International, 1979, réédité par Dunod, Paris, 1992 et repris dans La sortie du XXe siècle, CNRS Editions, Paris, 2010.
  8. « Pierre Leloup et le respect de la peinture  », Chambéry, 1986, et extrait repris in Exposition Pierre Leloup, Musée des Beaux-Arts Chambéry, 2013.
  9. « L’œuvre de Lima de Freitas, postmodernisme et modernité de la Tradition  »            (français / portugais), in Mitolvsismos de Lima de Freitas, ed. Perspectivas e realidades / Galeria Gilde, Lisboa / Guimasaes, 1987.
  10. Beaux-Arts et archétypes. La religion de l’Art, PUF, Paris, 1989.
  11. Anne Buttin & Sylvain Jacqueline, Les Peintres de la Savoie 1860-1940, Préface de Gilbert Durand, Les Editions de l’Amateur, Amis des Musées de Chambéry, Chambéry, 1991.
  12. Couleurs de neige, Préface de Gilbert Durand, Skira, Chambéry, Musée Savoisien, 1992.
  13. « Pierre Leloup 1993  », in Pierre Leloup, Rhône-Alpes Edition, Aix-Les-Bains, 1993
  14. « Pierre Leloup 1993 par Gilbert Durand  », in Pierre Leloup. Peintures récentes / Projet, Musée des Beaux-Arts, Chambéry, 1995.
  15. Anne Buttin & Sylvain Jacqueline, Les Peintres de la Savoie 1860-1960, Préface de Gilbert Durand, Les éditions de l’Amateur, Amis des Musées de Chambéry, Chambéry, 1997.
  16. « Compte rendu  » sur Lima de Freitas, Cinquante ans de peinture, in Bulletin de Liaison des Centres de Recherches sur l’Imaginaires, n° 12, Dijon, 1999, p. 55-57.
  17. « Compte rendu  » sur Cl. Malowski, Albrecht Dürer : Le Songe du Docteur et la sorcière : Nouvelle approche iconographique, La Découverte / Slatkine, Genève, 1999, in Bulletin de Liaison des Centres de Recherches sur l’Imaginaires, n° 13, Dijon, 1999, p. 49-52, et in Sociétés, n°67, 2000/1, De Boeck Université, Bruxelles, p. 97-100.
  18. Sylvain Jacqueline, Le Lac du Bourget. Miroir des Peintres et des Poètes, Préface de Gilbert Durand, La Fontaine de Siloé, 2000 et 2007.
  19. « Lima de Freitas, Cinquante ans de peinture  », Atopon, vol. VI, Roma, 2000 et 2007, p. 103-104.
  20. « José Lima de Freitas : un peintre et une pensée  », in Sigila. Géométrie du secret, n° 7, Gris- France, Printemps-été, Paris / Lisboa, 2001.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *