Square Gilbert Durand


 

Liste des textes et discours prononcés lors de l'inauguration du Square Gilbert Durand

Discours de Jean-Jacques Wunenburger

Madame le député maire, Monsieur le ministre, Mesdames et messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les adjoints, adjoints, Monsieur le président, M le proviseur, Mesdames et messieurs les représentants d'associations, chers amis, chères Chao-Ying et Maria-Ying

Plaque du Square Gilbert Durand

Plaque du Square Gilbert Durand

Au nom de la toute jeune Association des Amis de Gilbert Durand fondée quelques jours après le décès de notre maître et ami, nous vous exprimons toute notre reconnaissance pour avoir bien voulu inscrire ainsi dans l'espace public de la ville de Chambéry le nom de Gilbert Durand, enfant et gloire de ce pays savoyard. Combien Gilbert Durand serait heureux, me semble-t-il, de constater ainsi, que tout en étant devenu une référence internationale des travaux anthropologiques, du Brésil à la Corée, il est avant tout autre chose reconnu comme un fils de la Savoie, dont le souvenir, gravé sur la plaque du square, est inscrit au cœur intellectuel de sa ville si aimée. Car Gilbert Durand, en voulant depuis les années 1950, renouveler l'étude de l'homme en le décentrant de tout européo centrisme, en l'ouvrant à la diversité des cultures, n'a cessé de revendiquer aussi un enracinement dans un pays, dans une terre. Celle-ci, outre qu'elle rend possible les joies de la chasse et de la pêche, fait naitre en tout homme une identité, même plurielle, et une fidélité à une tradition, entendue comme héritage vivant des cultures à faire fructifier. Car à l'heure où l'on ne parle que de communiquer, il croyait comme R Debray, que l'urgence est aussi de transmettre non le passé, toujours révolu, mais l'immémorial, qui se cristallise dans les imaginaires des cultures les plus diverses. Et ce square devient ainsi, comme tous les noms d'une ville, une mémoire destinée à jeter un pont entre les générations, en confiant aux nouvelles un devoir de continuer ce que les anciennes ont réalisé de meilleur.

Notre rencontre autour de la dénomination d'un lieu à sa mémoire me semble correspondre plus profondément à ces deux valeurs exemplaires que Gilbert Durand recherchait dans toutes les communautés d'esprits : le "génie des lieux" et "l'heure propice" (titre d'une belle conférence tenue à Eranos en Suisse en 1982).

Le génie des lieux, ce square en possède à coup sûr pour Gilbert Durand. Où inscrire mieux son souvenir qu'en cette place publique, jouxtée par le lycée Vaugelas où il se forma et l'université où il enseigna ? Car Gilbert Durand, s'il croit aux harmonies de l' homme avec la nature, alpine en particulier, est bien, comme un des ses maitres Gaston Bachelard, un homme des livres, des bibliothèques, des lieux d'études, où il acquis avec une aisance qui laisse pantois une culture encyclopédique, un homme aussi des amphithéâtres où il a exercé avec une ascendance magistrale des décennies d'enseignement. Entre le lycée Vaugelas et l'université de Savoie la nouvelle place Gilbert Durand constitue un point symbolique où se perpétue le souvenir d'un grand homme de lettres, d'une grande figure du savoir, d'un grand pédagogue qui savait autant charmer qu'instruire. En dépit de la prolifération vertigineuse de nouvelles techniques de mémorisation et de communication, Gilbert Durand restait attaché à un lieu pour penser, parler, dialoguer. Les arbres de ce square symbolisent bien cette synthèse durandienne de nature et de culture, avec leur force tirée des racines et leur élan vertical vers les cimes. Il délimite bien un lieu qui conserve et rassemble la pensée, dans ses exigences les plus hautes. Car pour Gilbert Durand, le savoir sur l'homme, loin de conduire à l'éparpillement des spécialités qui défigure, doit s'unifier autour d'un tronc, qui est pour lui la fonction symbolique, qui constitue notre véritable vocation. Loin des bateleurs médiatiques, Gilbert Durand aimait penser et parler dans des lieux, des hauts lieux (de Tomar à Ascona, de Cerisy à Ispahan ou Venise). Ce petit square, véritable microcosme au cœur de Chambéry, me semble alors le plus beau monument pour rappeler aux générations futures le besoin profond de fuir la dispersion et l'atomisation, pour trouver un centre, un point fixe, un levier d'Archimède comme disait déjà Descartes, pour accéder à la vérité.

Mais en ce 23 novembre 2013, cette inauguration me semble aussi relever d'une "heure propice". A l'image de la mélancolie automnale voire hivernale, confrontée aux adversités du climat et autres menaces sociales et civilisationnelles, notre rencontre autour de l'homme et de l'œuvre veut nous rappeler aussi que pour Gilbert Durand la vie est un combat toujours à reprendre pour gagner la liberté de vivre et de penser. Ennemi de l'oppression sous toutes ses formes, Gilbert Durand incarne pour Chambéry, la Savoie et la France, la figure d'un grand résistant, largement reconnu et honoré. Mais tel St Georges combattant le dragon, pour reprendre une figure de cet imaginaire héroïque qu'il affectionnait tant parce qu'il en connaissait intimement l'appel, Gilbert Durand n'a cessé d'oeuvrer, contre vents et marées, pour défendre une vraie université, tournée vers l'universel, un vrai savoir, libéré des facilités réductionnistes et positivistes des sciences de l'homme qui défigurent souvent l''Homo symbolicus, créateur des religions et des arts. Plus que jamais en ces jours de frimas, où la nature nous fait signe, gardons donc la leçon de Gilbert Durand, qui nous conviait à ne pas céder aux modes faciles, aux théories superficielles, aux idéologies destructrices. à être au service de la liberté de l'esprit contre toutes les tyrannies, individualistes, opportunistes et arrivistes.

En ce jour, en ce lieu, nous sommes donc reconnaissants à la mairie de Chambéry non seulement d'accueillir dans sa mémoire collective le souvenir d'un de ses illustres concitoyens, mais aussi d'honorer à travers lui un témoin de la vérité et de la liberté, qui a su par sa trajectoire singulière à travers les Sciences humaines contemporaines, défendre une conception de l'université et une vision de l'homme. Jean-Jacques Wunenburger Président de l'Association.

Discours d'Yves Durand

Madame le Maire de Chambéry, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs

Dévoilement de la plaque

Dévoilement de la plaque

Tous ceux qui ont bénéficié de son enseignement, de ses conseils, de ses initiatives ne manquent jamais de rendre hommage à son exceptionnel rayonnement. Il y a tout d’abord les élèves de la classe de philosophie du « Lycée National » (Vaugelas) dans les années 50. Tous - et j’en fais partie - se souviennent de ce professeur éblouissant qui, tout à la fois, leur parlait de l’honneur de la Résistance française, les initiait aux fondements de la philosophie et les formait avec ténacité et pragmatisme à la pratique de la dissertation.

A cette période suivit son action à la direction du Collège Littéraire Universitaire que Gilbert Durand assuma jusqu’en 1962 et qui contribua (avec celle de Paul Gidon pour le Collège Scientifique Universitaire ) à la création du Centre Universitaire de Savoie, préparant ainsi celle de la future Université.

Dans ce cadre, il dirigea en 1967 un joyau culturel ( le Centre de Recherche sur l’Imaginaire ), intégré au réseau des Centres de Recherche sur l’Imaginaire (CRI) à la création duquel il avait participé (1966). La réputation scientifique de ce Centre (qui accueillit des chercheurs renommés dans des disciplines variées, tel le mathématicien René Thom ) constitua un atout de choix pour la notoriété - et donc le développement - de l’Université de Savoie à ses débuts.

Pour les chercheurs actuels férus « d’imaginaire durandien » le CRI - je veux dire l’espace universitaire « chambérien » d’origine de ce centre de recherches - représente un lieu quasi « mythique » que certains, de passage en Savoie, souhaitent d’ailleurs connaître. Car, on parle certes de « l’Ecole de Grenoble » pour désigner une orientation théorique spécifique sur l’imaginaire. Cependant, le site universitaire de Chambéry reste pour les participants initiaux du CRI le lieu symbolisant véritablement l’émergence de cette Ecole de pensée.

Ainsi les chercheurs qui ont travaillé sous la direction de Gilbert Durand - tout comme ses anciens élèves - ont-ils été profondément marqués par ce professeur exceptionnel. Deux établissements : le Lycée Vaugelas et l’ Université de Savoie qui lui fait face, matérialisent en quelque sorte ce parcours professionnel. Or, en se plaçant d’un point de vue symbolique, cher à Gilbert Durand, on remarquera que la rue Marcoz crée une séparation , un clivage entre Lycée et Université. Aussi cette impression devait être effacée (tout aussi symboliquement) pour que l’ensemble soit fidèle à la pensée d’un philosophe qui s’est toujours opposé aux dualismes de toutes sortes.

C’est désormais chose faite avec le choix judicieux de l’attribution d’un espace interactif, porteur d’ un immense réseau de chemins parcourus eu tous sens et à emprunter longtemps encore par les enseignants, leurs élèves et des étudiants de toutes disciplines.

Enfin, pour conclure sur une réflexion concernant le symbolisme et la désignation de ce magnifique « Square Gilbert Durand » que nous inaugurons, je vous propose un extrait d’un message reçu hier d’un enseignant-chercheur canadien, membre de l’AAGD, que j’ai récemment informé de cette initiative de la ville de Chambéry. Je cite : « En ce qui concerne le « Square Gilbert Durand », je me souviens parfaitement de l’endroit, suite à la visite que vous nous aviez fait faire lors de notre passage en 2001. J’y suis retourné ensuite, simplement pour mon plaisir (lors de mon autre passage en 2007), comme si j’avais l’intuition que cette place me mettait en lien avec ceux dont je suis les traces. Je suis très heureux de ce choix. Il est surprenant pour un Québécois qu’un lieu tel celui-ci porte le nom de « Square » en France. Ici, ce serait interdit d’utiliser un mot d’assonance anglaise pour nommer des lieux publics, à moins que le nom appartienne déjà à une longue tradition et qu’il soit explicitement lié à la minorité anglophone de la localité. Différence culturelle oblige ! ».

Yves Durand

Peter de Klerk, maître de conférences de néerlandais à l’Université Stendhal-Grenoble 3

Madame le Maire, Monsieur le Sénateur, Monsieur le Président d’Université, Mesdames, Messieurs, chers amis,

C’est pour moi un grand honneur de représenter ici en ce jour si important pour la mémoire de Gilbert Durand, le Centre de Recherches sur L’Imaginaire de Grenoble dont je suis membre depuis une trentaine d’années et où je suis enseignant-chercheur depuis quarante ans. Etudiant, j’ai suivi les cours de Gilbert Durand ici même à Chambéry et pour moi le nom de Gilbert Durand est indissociablement lié à Chambéry. J’ai pu appliquer avec succès ses idées, sa théorie sur les structures de l’imaginaire à mes travaux de recherche sur les œuvres des deux auteurs flamands belges Jean Ray et mon ami Hubert Lampo et ce grâce aux encouragements de ma professeure Simone Vierne.

L’inauguration du square Gilbert Durand honore ce grand philosophe et nous honore tous. Je vous remercie de votre attention et de votre présence et vous souhaite une agréable suite de cette journée.

Peter de Klerk, maître de conférences de néerlandais à l’Université Stendhal-Grenoble 3

Discours de D. Varaschin

Revenu il y a quelques années seulement en Savoie, je n’ai pas connu Gilbert Durand, ce Chambérien né, symboliquement, un 1er mai, qui plus est en 1921, l’année ou Einstein reçu le prix Nobel de physique, une discipline qui l’interrogea et qu’il interrogea tant.

Autre rapport à l’histoire, celui qui le lie pour toujours à l’université de Chambéry et à sa marche à sa reconnaissance comme université de plein exercice. En 1960, le collège scientifique universitaire (CSU), dirigé par le géologue Paul Gidon, ouvrait ses portes. En 1963 vint le tour du collège littéraire universitaire (CLU), confié à Gilbert Durand, qui prit la suite de l’institut des Lettres et Sciences humaines fondé en 1960. Il s’agissait là, selon Jacques Rebecq, le premier président de l’université de Savoie, d’un tournant décisif : « Le fait même de leur existence amorçait un processus d’autonomie [à l’égard de Grenoble] qui s’est révélé irréversible ». Sachons nous en souvenir er rester fidèle à ce volontarisme académique et politique.

En effet, Gilbert Durand a été un homme pour qui engagement, prise de risque, indignation dirait-on aujourd’hui, ont rythmé vie privée/publique et œuvre.

Philosophe de formation, qui a mobilisé la sociologie, la psychologie et l’anthropologie, cette « science un peu bizarre » selon Philippe Descola, il a produit une œuvre considérable, remarquée et saluée dans la deuxième moitié du siècle dernier. Co-fondateur puis directeur du Centre de recherche sur l’imaginaire, créé entre Chambéry et Grenoble, il restera un innovateur de la pensée, qui a renouvelé les travaux sur les structures de l’imaginaire, un imaginaire propre de l’homme et qui n’a rien de figé.

Sa bibliographie ressort impressionnante : Les Structures Anthropologiques de l'Imaginaire, 1960, ouvrage tiré de sa thèse de doctorat d’Etat, qui a connu de très nombreuses éditions. Un classique. L'Imagination Symbolique, 1964 Science de l'Homme et Tradition, 1975. Figures mythiques et visages de l’œuvre. De la mythocritique à la mythanalyse, 1979 L'âme tigrée, les pluriels de psyché, 1980. Fonde en 1988 les Cahiers de l’imaginaire Beaux Arts et Archétypes, 1989. L'Imaginaire. Essai sur les sciences et la philosophie de l’image, 1994. Introduction à la mythodologie. Mythes et sociétés, 1996. Champs de l'Imaginaire, 1996. Et avec Sun Chaoying, Mythes, thèmes et variations, 2000.

Cet homme riche et multiforme a laissé auprès de ceux qui l’ont connu l’image : D’un intellectuel de haut vol, amateur de chasse et de pêche ; D’un Chambérien, qui entretenait des liens fort avec sa terre d’origine (« son quartier latin »), mais aussi, en élève d’Henry Corbin, avec le lointain Orient ; D’un homme de parti pris, parfois un peu baroque, toujours captivant ; D’un homme qui pouvait être irritant, mais qui savait surtout rassembler et fédérer ; D’un cacique de l’université, qui se voulait hors d’un système officiel ; D’un homme né catholique, sensible à l’action des jésuites, et polythéiste assumé ; D’un prophète qui chérissait l’histoire (des idées), tout en s’opposant vivement à un médiéviste renommé ; D’un homme courageux, de grande probité morale, droit, qui ne croyait pas à la linéarité des choses et des êtres ; D’un traditionnaliste, qui incarnait l’esprit de modernité ; D’un individualiste, qui avait la soif de la connaissance des autres, D’un « homme imaginaire », selon la formule de son ami Edgar Morin, qui participe aujourd’hui encore à nous structurer intellectuellement et ainsi à donner un sens à notre existence.

Allocution de Jean Broyer, Proviseur du Lycée Vaugelas

Madame la Députée-Maire, Monsieur le Ministre, Monsieur le Président de l’Université, Madame, Mesdames et Messieurs, C’est au titre de Proviseur du Lycée Vaugelas que j’ai l’honneur de dire quelques mots aujourd’hui pour célébrer la mémoire de Gilbert Durand qui fut professeur de philosophie dans ce lycée de 1947 à 1956. Le lycée Vaugelas a toujours été et restera longtemps, je l’espère, une véritable pépinière de talents et d’intelligences au cœur de la ville de Chambéry. C’est la raison pour laquelle le lycée Vaugelas a souhaité abriter les travaux de l’Association des Amis de Gilbert Durand, depuis la création de celle-ci au printemps dernier, et qu’il se fera un plaisir de continuer à les accueillir dans les années à venir. Tout a déjà été dit –et bien dit– par ceux qui sont intervenus à cette tribune avant moi, sur le choix judicieux de cette place pour honorer Gilbert Durand, entre le Lycée et l’Université. J’ajouterai donc juste ceci : au fronton de l’ancienne entrée du lycée donnant sur le square, vous avez pu, au cours de la cérémonie, observer le regard à la fois bienveillant et exigeant de Minerve-Athéna, déesse majeure du panthéon de la mythologie grecque et latine et symbole de Sagesse absolue : je crois que rien ne pouvait mieux convenir pour veiller sur le souvenir de celui que nous saluons aujourd’hui ! Pour terminer, je dirai que je suis un citoyen chambérien particulièrement honoré, et fier, d’être le seul dont l’adresse postale personnelle fasse désormais référence au nom de Gilbert Durand… Je vous remercie de votre attention.

Jean BROYER (23/11/13)

Discours de Bernadette Laclais, maire de Chambéry, députée de Savoie

Mesdames et Messieurs,

Chère Madame Durand,

C’est un grand plaisir pour le maire de Chambéry que je suis d’être parmi vous aujourd’hui pour inaugurer ce square du nom de Gilbert Durand, chambérien éminent auquel nous rendons tous hommage ce jour et dont je veux saluer la mémoire, sur cette place située en plein coeur de Chambéry, tout comme Gilbert Durand avait Chambéry chevillé au coeur.

Avant de s’appeler square Gilbert Durand depuis le conseil municipal du 22 juillet dernier, cette petite place située entre l’Université de Savoie et le lycée Vaugelas s’appelait «square Jules Daisay». Jules Daisay était également un illustre chambérien, conservateur du musée de Chambéry à la fin du XIXème siècle. Nous n’avons bien sûr pas renvoyé Jules Daisay dans l’oubli, nous l’avons simplement rapproché du lieu qui concentrait sa passion et son implication à Chambéry, en baptisant le passage situé à droite du musée des Beaux-Arts de son nom, ainsi la Ville conserve symboliquement son empreinte et honore sa mémoire.

De la même manière, le square Gilbert Durand prend place également dans ce secteur auquel Gilbert Durand était tant attaché. On l’a dit souvent, mais il me plaît à le répéter tant la formule est belle: cet endroit qu’il appelait le «quartier latin de Chambéry», entre la rue Paul Bert, la rue Marcoz et la rue Jean-Pierre Veyrat, où fleurissent les établissements d’enseignement et de culture au sein desquels Gilbert Durand aimait à s’investir, à partager ses connaissances et ses savoirs, à apprendre à ses élèves et à découvrir pour lui-même, et pour l’enrichissement de ses propres connaissances et des savoirs qu’il se plaisait à diffuser. Tout comme il aimait à flâner, à se promener dans ces rues chambériennes, qui sont celles que nous voyons, et qui sont les mêmes que celles où il avançait de son pas réfléchi.

Nous pouvons d’ailleurs aisément l’imaginer, nous qui l’avons connu ou rencontré, profiter de cet espace qui porte aujourd’hui son nom, s’asseoir sur un banc et méditer, voire imaginer... imaginer de nouvelles théories et hypothèses sur l’imaginaire!

Comme nous avions eu l’occasion de le rappeler lors de l’assemblée générale constitutive de l’association des Amis de Gilbert Durand qui s’était tenue à l’Hôtel de Ville de Chambéry, à deux pas d’ici, le 1er juin dernier, tout, dans la vie de Gilbert Durand, ramène à Chambéry. De sa naissance à proximité du clocher (aujourd’hui presbytère) Saint-Joseph à son enfance passée au nord de la Ville, dans les champs qui deviendraient plus tard le stade municipal, Gilbert Durand connaissait les moindres recoins de notre ville, leur histoire, leur âme. Et, finalement, quand on regarde son parcours, il n’est pas exagéré de dire que Gilbert Durand et Chambéry se sont construits simultanément et se sont apportés énormément.

De même, ce n’est pas mentir que de dire que Gilbert Durand a contribué de manière pleine et entière au développement de notre ville. La plaque que nous venons de dévoiler le rappelle: c’est Gilbert Durand qui a été à l’origine de la création de l’Université de Savoie, au début des années 1960. Il était alors un universitaire dont les premiers ouvrages commençaient à forger la réputation, et ses recherches sur un sujet novateur - l’imaginaire - faisait de lui la référence de cette discipline transversale qu’il portait à bout de bras. C’est avec Paul Gidon qu’il situa les locaux de l’Université de Savoie lui-même, au coeur de ce quartier latin - on y revient - auquel il était tant attaché, et qu’il fréquentait quotidiennement lorsqu’il était professeur de philosophie au lycée Vaugelas.

C’est à partir de là, puis entre Chambéry et Grenoble, mais toujours au beau milieu de ces Alpes qu’il n’aurait quittées pour rien au monde, que Gilbert Durand développa l’essentiel de ses théories et fit avancer ses recherches qui obtinrent le retentissement international que nous savons. Sans entrer dans le détail de ces travaux extrêmement foisonnants, ce que je retiens de la pensée riche et complexe de Gilbert Durand, c’est cet objectif simple, que tout chambérien partage à n’en pas douter de par l’histoire de la Ville, à savoir son attachement à la liberté humaine, que l’on retrouve à la fois dans les possibilités infinies et les nouvelles portes ouvertes que Gilbert Durand trouvait dans l’étude de l’imaginaire. Liberté humaine qu’il a également défendue avec toute son énergie et sa détermination, lors des heures sombres et difficiles de la seconde guerre mondiale, en protégeant au risque de sa vie des Juifs menacés, et en luttant jours et nuits contre la funeste idéologie nazie.

Ce combat pour la liberté, pour redonner un sens à l’humanité, a finalement guidé toute la vie de Gilbert Durand. Il a été à ce titre honoré de la médaille des Justes parmi les Nations, qui lui a été remise en 2000. Cette distinction - la plus haute qui soit remise par l’Etat d’Israël - venait saluer le défenseur de l’homme qu’était Gilbert Durand. Une autre décoration vint distinguer en 2007 ce grand personnage de la Résistance savoyarde, ici, à Chambéry, lorsque Raymond Aubrac lui remit la cravate de Commandeur dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur, pour les actions courageuses en faveur de la liberté qu’il initia entre 1940 et 1944.

Il faut bien dire que ce jour-là, nous qui étions présents à ses côtés étions fiers de le voir, lui, ici, à Chambéry, et de savoir que nous comptions parmi les citoyens de cette ville cet homme illustre, qui avait fait de la dignité humaine et de la connaissance de l’homme l’absolu de sa vie. C’est en ce sens que je suis particulièrement heureuse que nous soyons aujourd’hui réunis pour lui rendre hommage sur ce square qui porte désormais son nom. L’action et l’oeuvre de Gilbert Durand sont si grandes et son souvenir encore si présent. Nous avons tous bien conscience de la place qu’occupait Gilbert Durand à Chambéry, et c’est un grand bonheur qu’aujourd’hui, il ait sa place à Chambéry.

Merci à toutes et tous de votre présence.

Discours de Mme Durand

Madame la Députée-Maire,

Monsieur le Ministre,

Madame et Monsieur les Adjoints,

Messieurs les Présidents,

Monsieur le Proviseur,

Chers Membres d’Honneur et membres adhérents de

l’Association des Amis de Gilbert Durand,

Chères Mesdames, Chers Messieurs, Chers ami(e)s,

Inauguration du Square Gilbert Durand

Inauguration du Square Gilbert Durand

C’est avec grand plaisir et beaucoup d’émotion que je me joins à cette cérémonie d’inauguration du Square qui porte désormais le nom de mon défunt époux Gilbert Durand. Je remercie vivement Madame Bernadette Laclais, Députée de Savoie et Maire de Chambéry, la municipalité de Chambéry (notamment M. Louis Besson, ancien Ministre, ancien Maire de Chambéry et Président de Chambéry Métropole, M. Bastien Montanvert, collaborateur au cabinet du Maire de Chambéry et Service Protocole ainsi que M.Técher) et la ville de Chambéry pour leur profonde sympathie et leur touchante volonté de garder vivante la mémoire -par cette place si symbolique, si vivante et si bien choisie! Merci aussi à Monsieur Jules Daisay et à sa famille!- de l’un de leurs plus braves enfants du pays, l’un de leurs plus dévoués citoyens et l’un de leurs plus éminents professeurs et penseurs.

Je remercie également tous les amis de Gilbert Durand qui ont voulu témoigner de leur reconnaissance, de leur admiration, ou de leur affection, deux semaine avant le premier anniversaire du décès du grand philosophe savoisien, soit par leur précieuse présence à cette émouvante cérémonie (je salue  chaleureusement notre président fondateur, Professeur Jean-Pierre Sironneau et Madame Sironneau, nos amis lyonnais, grenoblois, chambériens, de Moye, de Rumilly... et toute la famille Fantin qui ont fait le déplacement jusqu’ici malgré le froid et la neige!), soit par leur fidèle et amicale pensée: en particulier nos Membres d’Honneur: M. Michel Germain, Président de la Société des Auteurs Savoyards qui, retenu par sa participation au Colloque sur la Résistance en Haute-Savoie et au Salon du Livre Savoyard au Château de Ripaille, s’excuse pour son absence parmi nous aujourd’hui; M. André-Alexandre Avenières, président de la Section Savoie et Haute-Savoie au sein de l’Association des Membres de la Légion d’Honneur Décorés au Péril de leur Vie qui, retenu par une Assemblée Générale des Anciens Combattants Cheminots en Maurienne, se fait représenter par son vice-président, M. André Rousseau-Noiray, ancien élève du lycée Vaugelas; M. Jacques Barel, Préfet de Région honoraire, ancien élève du lycée Vaugelas et de Gilbert Durand; M. Martial Legros, fidèle compagnon de Résistance de Gilbert Durand; M. Roger Buquin, Président de l’Amiral des Anciens de la France Libre de la Haute-Savoie... etc... etc. sans oublier M. Christian Heison, Maire de Moye et Vice-Président du Conseil Général de la Haute-Savoie et Amiral Christian Martin, Président national de l’Association des Membres de la Légion d’Honneur Décorés au Péril de leur Vie et leurs chaleureux messages de soutien.

Je pense à Gilbert Durand, qui a été si fier et si heureux d’avoir passé ses plus belles et ses plus ardentes années entre le lycée Vaugelas et l’Université de Savoie, qu’il a co-fondée et fait croître et prospérer avec tant de génie et d’énergie.

Je n’ai pas eu la chance de rencontrer le jeune résistant «Commandant Bec», ni le brillant professeur agrégé de philosophie, ni le courageux et flamboyant fondateur du premier Centre de Recherche sur l’Imaginaire, qui rayonne maintenant partout en France et dans tous les continents du monde... Mais je suis sûre et certaine que ce digne Commandeur de la Légion d’honneur et ce digne «Juste parmi les Nations» sera très fier et très heureux, aujourd’hui, de pouvoir revenir -grâce à ce Square- sur sa chère terre natale, son cher Lycée, sa chère Université... et son cher square, qu’il a tant aimés, tant défendus, tant exaltés, et qu’il a traversés, tant de fois, avec joie, avec fierté et avec bonheur...

Je vous remercie.

Chaoying DURAND-SUN

Veuve de Gilbert Durand

Présidente d’Honneur de l’Association des Amis de Gilbert Durand

Plume d’Or (2014) et Membre de la Société des Auteurs Savoyards

Membre héritier de l’Association des Membres de la Légion

d’Honneur Décorés au Péril de leur Vie

Membre de l’Amical des Anciens de la France Libre de la Haute-Savoie

Texte lu par Maria-Ying Durand, fille de Gilbert Durand

« Chambéry a le privilège de posséder un «quartier latin» (un vrai,...) studieux où autour de l’axe de la rue Marcoz s’épanouissent en éventail écoles Paul Bert et «Waldeck» (Rousseau), Ecole normal et lycée de filles (devenu unisex Louise de Savoie), « Ecoles préparatoire à l’enseignement supérieur» dont Jean-Baptiste Caron fit le creuset de notre Université. Tous les autres établissements épars hors de l’enceinte sacrée étaient pour nous négligeables comme de lointaines colonies. Enfin la perle des perles du sanctuaire, le «Lycée national de garçons » (devenu l’unisex Vaugelas...) mon «bahut» où j’ai passé vingt années de ma vie... ... Sévère jésuitière gardée par sa «cour d’honneur» où ne pénétraient avec crainte et tremblement que les élèves «convoqués» au premier étage par Monsieur le Proviseur. L’entrée «ordinaire» se faisait alors par le square Jules Daisay, surplombée par le buste de Minerve – qu’au vu de son casque nous prenions pour un  des Horace ou pour Mithridate adolescent ou simplement pour un sapeur-pompier ancien élève du bahut – surmonté de la mystérieuse sentence: La chaste déesse préside aux études dont avaient bien besoin ces séminaristes laïcs et minerviens que nous étions... » Extrait d’un texte de Gilbert Durand sur le «quartier latin» chambérien et le square Jules Daisay: «Contrepoints», Préface à Chambéry Savoie, La Fontaine de Siloé, Les Marches, 1991, p. 21.

Texte lu par Maria-Ying Durand, fille de Gilbert Durand,lors de la Cérémonie de l’Inauguration du Square Gilbert Durand, à Chambéry, le 23 Novembre 2013.

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