In memoriam, Arlette Chemain 5


In memoriam, Arlette CHEMAIN

Arlette Chemain nous a quittés le 2 décembre 2020. La francophonie lui doit beaucoup. Elle laissera la trace durable d’une comparatiste reconnue, d’une pionnière dans le domaine des recherches sur les littératures postcoloniales et les littératures de la condition féminine, et d’une référence pour l’étude des lettres africaines francophones. Elle a conduit, après son doctorat à Paris en 1986, une carrière particulièrement active, d’abord à l’université de Brazzaville, où, avec son époux Roger, elle nous a fait découvrir toute la richesse des mythes africains, et de la jeune littérature qui en est imprégnée, le tout dans un climat particulièrement chaleureux de fédération de ces jeunes énergies des chercheurs et des auteurs locaux.

De retour en métropole comme Professeur à l’université de Nice-Sophia Antipolis, elle a organisé plusieurs colloques internationaux, dont Éclipses et surgissements de constellations mythiques, en 2001, en présence de Gilbert Durand, et elle a continué à nous donner à découvrir l’Afrique francophone à travers les études sur l’imaginaire, en faisant un remarquable travail de littérature comparée, et en nous proposant, dans la lignée des travaux de Gilbert Durand, qui ont conduit toute sa recherche, une approche mythocritique de ces littératures moins connues, dont elle a su mettre en valeur les fonds imaginaires distincts qui les nourrissent, mais qui communiquent à l’intérieur d’une symbolique générale, et d’une langue d’écriture partagée, la langue française.

Ses nombreux livres, entre autres Panorama critique de la littérature congolaise contemporaine (1979), Émancipation féminine et roman africain (1980) et « Littérature-monde » francophone en mutation : écritures en dissidence (2009), puis sa direction scientifique des ouvrages Imaginaires francophones (1998), Imaginaire et littérature II. Recherches francophones (1998), Éclipses et surgissements de constellations mythiques (Loxias 2 et 3) (2001) ont été signalés comme des références incontournables dans leurs domaines. Le volume Libres horizons. Pour une approche comparatiste, Lettres francophones, Imaginaires (2008) rend un hommage mérité à l’originalité de sa démarche de découvreuse et défricheuse de cette aire particulièrement riche de l’imaginaire.

Arlette Chemain et Chaoying Durand-Sun

Elle restera dans notre souvenir comme une « belle personne », sensible, attentive, toujours souriante, habitée par un irrésistible enthousiasme et comme un des membres actifs et originaux du CRI puis du CRI2i.  L’Association des amis de Gilbert Durand n’oubliera jamais comment, avec Pascal Bouvier, elle su organiser en juin 2014, le premier colloque émouvant de l’association et l’accueillir dans un de ses sites préférés, La Chartreuse du Bourget-du-Lac (Actes publiés : Arlette Chemain-Degrange et Pascal Bouvier, Gilbert Durand, De l’enracinement au rayonnement, Université de Savoie-Mont-Blanc, 2014). À Roger, à son fils, et à toute sa famille, nous disons notre sympathie attristée et toute notre chaleureuse amitié.

Joël THOMAS


Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

5 commentaires sur “In memoriam, Arlette Chemain

  • Durand

    Grand merci à Joël THOMAS pour ce bel hommage à notre chère amie Arlette CHEMAIN.
    Toutes nos sincères condoléances et mille pensées amicales et affectueuses à Roger, à ses enfants et petits-enfants, et à ses proches et amis.
    Arlette demeure pour toujours dans nos coeurs. Nous n’oublierons pas son enthousiasme, sa sympathie, sa gentillesse et son précieux soutien pour l’enracinement et le rayonnement de l’oeuvre de Gilbert Durand et pour l’essor et le développement de notre association.

    Chao-Ying et Maria-Ying DURAND

    • Samira Douider

      J’apprends à peine le décès de Mme Chemain qui a dirigé tous mes travaux de recherches du DEA au Doctorat d’État à l’Université de Nice Sophia Antipolis et à l’Université de Casablanca.
      C’était une femme magnifique, disponible, à l’écoute de chacun et qui m’a guidée dans le domaine des recherches en littératures et Cultures Francophones et subsahariennes.
      Je présente mes sincères condoléances à Roger et Régis Chemain.
      Qu’Arlette Chemain repose en paix.
      Elle restera dans mon cœur à jamais.

  • ROSE MARLENE HOENSCH

    Je viens d’apprendre avec une immense tristesse le décès d’Arlette CHEMAIN, connue à Brazzaville où j’enseignais moi-même. Elle fut pour moi une conseillère compétente et bienveillante alors que je débutais en littérature comparée. Plus tard, en Sorbonne, elle fut membre de mon jury de thèse en littérature comparée ( africaine et française). J’admirais sa personnalité solaire, sa gentillesse, sa passion de la littérature africaine. Un inoubliable professeur. A toute sa famille, j’adresse ma sincère compassion.

    Marlène HOENSCH

  • Alghamdi Abdullah

    J’apprends avec tristesse que Mon Prof. Mme Arlette Chemain Degrange qui a été ma Directrice de Recherche à l’Université de Nice est décédée en décembre 2020.
    Je voudrais ici lui rendre hommage pour ce qu’elle m’a apporté personnellement et à des générations d’étudiants qu’elle a ouvert aux études francophones et plus particulièrement aux études subsahariennes.
    Qu’elle repose en paix.

  • KOBROSLI

    Non….non…..je ne voudrais pas le croire…. Quelle triste nouvelle ! Toutes nos sincères condoléances au professeur Roger CHEMAIN, à son fils, à ses proches, à tous ses étudiants et amis en France et dans le monde francophone.
    Arlette CHEMAIN, tu resteras pour toujours dans nos coeurs. Je n’oublierai jamais ton soutien à l’Université de Nice Sophia Antipolis quand j’étais étudiante. Tu nous a toujours encouragés dès la première année pour donner le meilleur de nous_mêmes. C’est grâce à tes conseils que j’ai pu obtenir une mention très honorable lors de mon doctorat en littérature comparée.
    Arlette, Je n’oublierai jamais ta passion pour la littérature africaine et francophone. Tu étais toujours rayonnante, souriante, enthousiaste, gentille, bienveillante et surtout humaine.
    Arlette, tu étais pour nous non seulement la professeure mais aussi la mère qui aide, guide et se sacrifie pour l’autre. Généreuse dans ta façon de vivre, tu as su aider tant de femmes orientales à lutter jusqu’au bout pour forger une belle identité féminine cultivée.
    Tu as toujours voulu que tes étudiants soient compétents comme toi. Tu faisais toujours de ton mieux pour nous impliquer dans des colloques et des manifestations scientifiques et culturelles. Tu nous a fait découvrir tant d’auteurs africains…. Tu as su avec brio nous motiver et nous impliquer pendant tant d’années dans la science, la critique littéraire….. Si seulement je pourrais te dire que de toi, j’ai découvert les belles valeurs de toute une vie.
    Chère professeure, je retiens mes larmes et que ton âme repose en paix.